Hackuity lève 16 millions d’euros avec Forgepoint Capital pour accélérer son outil de gestion des vulnérabilités

French Tech : l'outil de cybersécurité d'Hackuity séduit le fonds américain Forgepoint Capital

Une série B menée par un fonds américain spécialisé en cybersécurité

Le 16 septembre 2026, la startup lyonnaise Hackuity a officialisé une levée de fonds en série B d’un montant de 16 millions d’euros, soit environ 19 millions de dollars. L’opération est menée par Forgepoint Capital International, une branche du fonds américain Forgepoint Capital entièrement dédiée aux investissements en cybersécurité. Les investisseurs déjà présents au capital ont participé au tour, ce qui traduit une continuité de conviction sur la trajectoire de la société.

Forgepoint Capital n’est pas un fonds généraliste qui aurait diversifié vers la sécurité informatique par opportunisme. Son portefeuille est exclusivement composé d’entreprises du secteur, ce qui lui confère une lecture fine des technologies et des marchés concernés. Lorsqu’un tel fonds choisit de mener un tour de table, cela vaut validation technique autant que financière : les analystes de Forgepoint ont accès à des dizaines de plateformes concurrentes et savent exactement ce qu’ils évaluent.

Pour une startup basée à Lyon, attirer ce type d’investisseur américain signifie également s’ouvrir un réseau de distribution et de partenariats sur le marché nord-américain, où les dépenses en cybersécurité sont les plus élevées au monde.

Ce que fait Hackuity et pourquoi ça intéresse les grandes organisations

Hackuity a été fondée en 2018 par Patrick Ragaru et Pierre Polette, deux profils issus d’Orange Cyberdefense, l’entité sécurité du groupe Orange. Leur point de départ : les équipes de sécurité des grandes organisations croulent sous les alertes. Un système d’information d’entreprise peut mobiliser des dizaines d’outils de détection différents — scanners de vulnérabilités, plateformes de gestion des correctifs, outils d’analyse de configuration — qui génèrent chacun leurs propres listes de failles à traiter.

La plateforme développée par Hackuity, baptisée Vulnerability Operations Center (VOC), agrège les données issues de plus de 130 outils de sécurité distincts. L’intelligence artificielle prend ensuite le relais pour hiérarchiser les vulnérabilités selon leur criticité réelle dans le contexte de chaque organisation, et non selon des scores génériques. Un même CVE peut être prioritaire dans une infrastructure exposée sur Internet et négligeable dans un réseau isolé : c’est précisément cette contextualisation que la plateforme automatise.

L’automatisation va jusqu’à la remédiation : le VOC peut déclencher des workflows de correction sans intervention manuelle, ce qui réduit le délai entre la détection d’une faille et son traitement. Pour des équipes sécurité qui gèrent parfois plusieurs milliers d’alertes par semaine, ce niveau d’automatisation n’est pas un confort, c’est une condition pour rester opérationnel.

Un modèle économique calibré sur les actifs protégés

Hackuity facture ses clients en fonction du nombre d’actifs informatiques couverts par la plateforme — serveurs, postes de travail, équipements réseau, applications, conteneurs. Ce modèle à la consommation, ancré dans la réalité du parc géré, présente un avantage structurel : la valeur perçue par le client croît mécaniquement avec l’étendue de son utilisation de la plateforme.

Pour Hackuity, cela génère une prévisibilité des revenus que les contrats à tarif fixe offrent rarement. Quand un client étend sa couverture à de nouveaux périmètres — une filiale acquise, un nouveau datacenter, une migration cloud — le contrat s’adapte sans renégociation complexe. Ce type de modèle est couramment qualifié de « land and expand » dans l’industrie SaaS : on entre dans l’organisation sur un périmètre limité, puis on croît avec elle.

Avant cette série B, la société avait déjà constitué une base clients dans les secteurs de la banque, de l’industrie et des services publics, des environnements où la surface d’attaque est étendue et les obligations réglementaires en matière de gestion des vulnérabilités sont fortes, notamment sous l’effet de directives comme NIS2 en Europe.

Comment ces 16 millions seront déployés

Les priorités annoncées par Hackuity au moment de la levée sont claires : développement commercial aux États-Unis, renforcement de l’équipe de recherche et développement, et ouverture de nouveaux marchés géographiques. L’ordre de ces priorités n’est pas anodin.

Le choix de Forgepoint Capital comme chef de file s’explique précisément par cet objectif américain. Le fonds dispose d’un réseau établi auprès des RSSI et directeurs sécurité des grandes entreprises nord-américaines. Pour une startup européenne qui veut raccourcir son cycle de vente aux États-Unis, s’appuyer sur un investisseur qui ouvre ces portes vaut autant que le capital lui-même.

Le renforcement R&D, de son côté, alimentera probablement l’extension des connecteurs vers de nouveaux outils tiers et l’amélioration des modèles d’IA qui pilotent la priorisation. Le marché de la gestion des vulnérabilités évolue vite : de nouveaux types d’actifs à couvrir, comme les environnements OT industriels ou les API exposées, représentent autant de périmètres que la plateforme devra intégrer pour rester pertinente face aux acteurs américains établis.

Hackuity dans l’écosystème français de la cybersécurité

La France a produit ces dernières années plusieurs acteurs de cybersécurité capables d’attirer des financements internationaux significatifs. Les levées de Tehtris, Filigran ou Cyberwatch témoignent d’une densité croissante du secteur, portée notamment par la demande réglementaire européenne et les investissements publics post-crise sanitaire. Lyon, souvent perçue comme un satellite de Paris sur les sujets tech, affirme progressivement son propre tissu numérique, avec des acteurs industriels locaux qui génèrent une demande réelle en solutions de sécurité.

Le ticket de Forgepoint sur Hackuity dit quelque chose du regard que les investisseurs américains portent sur la French Tech cybersécurité : les valorisations européennes restent attractives par rapport aux équivalents américains, et la qualité technique des équipes issues d’opérateurs comme Orange est reconnue. Le fait que des fonds spécialisés traversent l’Atlantique pour des tours de série B — des montants qui restent modestes à l’échelle américaine — montre que l’arbitrage géographique fonctionne encore en faveur des fondateurs européens qui ont su construire une traction réelle avant de chercher des capitaux outre-Atlantique.