Julien Dive appelle à une loi de programmation agricole après la sécheresse dans l’Aisne

Politique Après la sécheresse, ce député de l’Aisne appelle à une loi de programmation agricole

Une visite de terrain qui débouche sur une prise de position nationale

Le 2 septembre 2026, Julien Dive parcourt plusieurs exploitations agricoles de sa circonscription dans l’Aisne. Le député de Saint-Quentin constate de visu les ravages d’un été sec : des champs de céréales roussis bien avant la maturité, des betteraves chétives, des éleveurs contraints de piocher dans leurs réserves fourragères dès le début de l’automne. Ces images, il les transforme dès le lendemain en prise de position publique, relayée notamment par L’Action Agricole Picarde dans son édition du 3 septembre.

La tournée n’avait rien d’une visite protocolaire. Dive a échangé directement avec des céréaliers et des exploitants betteraviers qui chiffrent leurs pertes à plusieurs dizaines de milliers d’euros par exploitation. Ce contact avec les agriculteurs touche la dimension financière immédiate, mais aussi la question de la répétition : pour beaucoup d’entre eux, c’est le troisième ou quatrième été difficile d’affilée. Cette accumulation, plus que la sécheresse isolée de 2026, est ce qui motive la demande du député.

Dive formule alors une proposition précise : voter une loi de programmation agricole pluriannuelle. Il ne réclame pas un nouveau fonds d’urgence ni un dispositif d’exonération ponctuel, mais un texte législatif structurant qui donnerait à l’agriculture française un horizon sur plusieurs années. La distinction entre réponse d’urgence et cadre pérenne est au cœur de son argumentaire.

Ce que Dive met derrière l’idée d’une loi de programmation

La formulation « loi de programmation » a un sens technique précis dans le vocabulaire parlementaire français. Elle implique un engagement pluriannuel de l’État sur des objectifs chiffrés et des enveloppes budgétaires définies à l’avance — sur le modèle des lois de programmation militaire ou de la loi de programmation sur la recherche de 2020. Dive réclame le même outil pour l’agriculture, avec un horizon de cinq à dix ans.

Concrètement, le député axe sa proposition autour de plusieurs mécanismes. Le stockage de l’eau arrive en tête : il appelle à un plan national de construction et de réhabilitation de retenues collinaires, un sujet politiquement sensible depuis les affrontements autour des mégabassines, mais que Dive aborde sous l’angle de la résilience agronomique plutôt que du conflit d’usage. Deuxième pilier : la couverture assurantielle. Les agriculteurs français restent encore nombreux à ne pas souscrire d’assurance multirisque climatique, en partie parce que les primes restent élevées et les indemnisations perçues comme aléatoires. Une loi de programmation permettrait de sanctuariser le soutien public à ces contrats sur la durée.

Dive évoque également le soutien à l’investissement dans les équipements d’irrigation et dans l’adaptation variétale — notamment le passage à des semences plus résistantes à la chaleur et au stress hydrique. Ces transitions supposent des investissements lourds, souvent incompatibles avec la trésorerie d’exploitations déjà fragilisées. Un cadre pluriannuel offrirait aux agriculteurs la visibilité nécessaire pour planifier ces dépenses sans attendre une catastrophe climatique pour déclencher une aide.

L’Aisne, terrain représentatif d’une crise qui dépasse le département

L’Aisne est l’un des départements les plus agricoles du nord de la France. Céréales, betteraves sucrières, pommes de terre : ces filières à forte valeur ajoutée dépendent directement des conditions climatiques estivales. L’été 2026 y a été marqué par un déficit pluviométrique supérieur à 40 % par rapport aux normales saisonnières entre juin et août, selon les premières estimations de Météo-France. Les rendements en blé tendre ont chuté de 20 à 35 % selon les secteurs, et les betteraves accusent des pertes de biomasse qui compromettent les quotas contractuels avec les sucreries.

Ce n’est pas un épisode isolé. En 2020, en 2022 et en 2024, l’Aisne avait déjà enregistré des sécheresses estivales significatives, chacune suivie d’un plan d’urgence gouvernemental et d’une relance des débats sur l’adaptation. L’accumulation de ces épisodes rapprochés crée une usure économique difficile à mesurer sur une seule saison : les exploitations entrent dans chaque été avec des réserves de trésorerie déjà entamées par le précédent.

Au-delà de l’Aisne, la situation de l’été 2026 a touché une large partie du Bassin parisien, du Centre-Val de Loire et de la Nouvelle-Aquitaine. Les chiffres consolidés par Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, pointent vers une baisse nationale de la production céréalière comprise entre 15 et 20 % sur la campagne 2025-2026. Ce contexte national donne au signal venu du terrain axonais une portée qui dépasse largement le cadre local.

Le plan d’urgence gouvernemental présenté le 4 septembre : une réponse jugée insuffisante

Le gouvernement a présenté le 4 septembre 2026 un plan d’urgence pour les agriculteurs sinistrés. Il comprend notamment un déblocage de 250 millions d’euros en soutien aux exploitations les plus touchées, une procédure accélérée de reconnaissance en calamité agricole pour les départements concernés, et un report de cotisations MSA pour les exploitants en difficulté de trésorerie. Ces mesures sont dans la continuité des dispositifs déjà activés lors des sécheresses précédentes.

Julien Dive a salué l’annonce sans en contester le principe, mais il a immédiatement insisté sur ses limites. Un plan d’urgence répond à un choc ponctuel ; il ne prépare pas la prochaine saison. Les représentants de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs ont exprimé un diagnostic similaire : les aides à court terme compensent partiellement les pertes sans modifier la structure de vulnérabilité des exploitations face aux aléas climatiques. La Coordination Rurale, de son côté, a réclamé des montants plus élevés et une simplification des démarches administratives, sans se prononcer explicitement sur la demande de loi de programmation.

Le débat met en lumière une tension classique entre deux logiques : celle du gouvernement, qui gère l’urgence budgétaire avec des enveloppes révisées en loi de finances rectificative, et celle du Parlement, qui cherche à inscrire les réponses dans un texte de loi opposable sur la durée. Ces deux approches ne sont pas incompatibles, mais elles opèrent sur des temporalités différentes.

Un député ancré dans le dossier agricole depuis plusieurs mandats

Julien Dive en est à son quatrième mandat de député, entré en fonctions en juillet 2024 après une première élection en 2017. Il siège au sein du groupe Droite Républicaine et est membre de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, où il suit de près les dossiers agricoles et agroalimentaires. Cette continuité dans la même commission lui a permis de construire une expertise technique reconnue par ses pairs, y compris hors de son camp politique.

Son ancrage dans la 2e circonscription de l’Aisne, territoire à dominante rurale et agricole autour de Saint-Quentin, lui confère une légitimité de terrain que les élus urbains peinent à revendiquer sur ce type de dossier. Il a participé aux travaux parlementaires sur la loi d’orientation agricole discutée en 2024, texte qui avait déjà acté plusieurs dispositions sur l’assurance récolte et les transmissions d’exploitations, mais sans aller jusqu’à un engagement financier pluriannuel contraignant.

C’est précisément ce manque que Dive cherche à combler avec sa demande de loi de programmation. Son poids dans le débat tient à sa capacité à articuler l’expérience du terrain — les visites d’exploitation, les échanges directs avec les agriculteurs — et une maîtrise des mécanismes législatifs suffisante pour formuler une proposition techniquement recevable. Reste à savoir si le gouvernement reprendra cette demande dans l’agenda parlementaire de l’automne 2026, ou si elle rejoindra la longue liste des propositions agricoles restées en attente d’un véhicule législatif.