Vous tapez « Google » dans votre navigateur et la page s’effondre sous vos yeux – logo, barre de recherche, boutons, tout s’écrase au bas de l’écran comme si Newton venait de brancher sa pomme sur internet.
Ce n’est pas un bug, c’est Google Gravity. Et derrière cette blague visuelle se cache une vraie prouesse technique née il y a plus de quinze ans.
C’est quoi Google Gravity exactement?
Google Gravity est une simulation physique interactive de la page d’accueil de Google : dès que vous l’activez, chaque élément de l’interface – logo, champ de recherche, boutons, liens – est soumis à la gravité et tombe vers le bas de l’écran. Les éléments rebondissent, s’empilent, réagissent à votre souris.
Contrairement à ce que son nom laisse penser, ce n’est pas une fonctionnalité officielle de Google. C’est un projet indépendant, créé en dehors des murs de Mountain View, qui reproduit l’apparence de Google pour mieux la faire s’effondrer. Un détournement visuel devenu culte.
Son principe repose sur une simulation physique appliquée aux éléments HTML de la page. Chaque composant visuel se comporte comme un objet réel avec une masse, une trajectoire et une capacité à rebondir. Le résultat est immédiatement satisfaisant – et un peu absurde.
Qui a créé Google Gravity et comment est-il né?

Derrière Google Gravity, il y a Ricardo Cabello, alias Mr.doob, développeur et artiste numérique espagnol connu pour ses expérimentations visuelles en JavaScript. Il crée le projet en 2009, non pas pour Google, mais pour démontrer ce que JavaScript est capable de faire dans un navigateur.
Le projet est rapidement intégré à Google Chrome Experiments, une vitrine officielle regroupant des démos web créatives et techniques. C’est là qu’il gagne en visibilité. En 2012, Google met lui-même en avant Google Gravity dans son Chrome Blog comme exemple marquant d’innovation web ludique.
Mr.doob n’en restera pas là. Il continuera à explorer ces simulations physiques appliquées à des interfaces connues, avec d’autres projets du même acabit. Google Gravity reste néanmoins son œuvre la plus reconnue du grand public.
Comment ouvrir Google Gravity avec le bouton J’ai de la chance?
La manipulation est simple, mais elle n’est possible que sur un ordinateur de bureau. Depuis un mobile, le bouton « J’ai de la chance » n’apparaît pas dans l’interface Google – vous ne pourrez donc pas y accéder depuis votre smartphone.
Voici les étapes à suivre pour activer Google Gravity « J’ai de la chance » :
- Ouvrez votre navigateur et rendez-vous sur google.fr ou google.com
- Tapez « Google Gravity » dans la barre de recherche
- Ne touchez pas à la touche Entrée – c’est l’étape que tout le monde rate
- Cliquez directement sur le bouton « J’ai de la chance »
- La page s’effondre : bienvenue dans Google Gravity
Ce bouton « J’ai de la chance » est lui-même une curiosité. En 2007, Marissa Mayer, alors directrice produit chez Google, révélait que moins de 1 % des requêtes passaient par lui.
Il coûtait pourtant à Google des millions en revenus publicitaires non générés – chaque clic court-circuitait la page de résultats où se trouvent les annonces.
C’est précisément ce bouton sous-utilisé qui est devenu la porte d’entrée vers tous les Easter eggs Google. Un raccourci que personne n’utilise pour chercher, mais que tout le monde emprunte pour jouer.
Quel est le code technique derrière Google Gravity?

Tout repose sur JavaScript et la bibliothèque Box2DJS, un portage en JavaScript du moteur physique Box2D – le même type de moteur que l’on retrouve dans des jeux vidéo pour simuler des comportements réalistes d’objets.
Concrètement, le code identifie chaque élément du DOM (les composants HTML de la page) et leur attribue des propriétés physiques : masse, friction et restitution – ce dernier terme désignant la capacité d’un objet à rebondir. Une fois ces paramètres appliqués, le moteur physique prend le relais et calcule les trajectoires en temps réel.
La version originale permettait même de faire des recherches depuis l’interface en chute libre. Depuis l’arrêt de l’API Web Search de Google en 2014, cette fonctionnalité ne fonctionne plus. La simulation physique reste intacte, mais la barre de recherche ne renvoie plus de vrais résultats.
Le code source de Google Gravity est resté accessible publiquement, ce qui a permis à d’autres développeurs de le fork, le modifier et créer leurs propres variantes – alimentant tout un écosystème de pages Google détournées.
C’est quoi Google Gravity Space et en quoi diffère-t-il?
En octobre 2012, Mr.doob publie une deuxième variation sur le même thème : Google Space. Cette fois, pas de chute – les éléments de la page flottent dans tous les sens, comme en apesanteur.
Techniquement, Google Space repose sur la même infrastructure que Google Gravity. La différence est uniquement dans la composante gravitationnelle : à zéro, les éléments dérivent librement au lieu de tomber. L’effet est plus contemplatif, moins spectaculaire au premier regard, mais tout aussi soigné.
Là où Google Gravity provoque un sentiment immédiat – une page qui s’effondre, c’est viscéralement satisfaisant – Google Space installe une ambiance, presque mélancolique. Les deux projets fonctionnent comme les deux faces d’une même expérience physique.
Quelles sont les autres variantes et Easter eggs proches de Google Gravity?

Autour de Google Gravity, tout un écosystème de variantes tierces s’est développé, créées par des développeurs indépendants qui ont repris le concept pour le faire évoluer :
- Google Underwater : la page est submergée, les éléments flottent sous l’eau avec des poissons en fond
- Google Anti Gravity : les éléments montent vers le haut au lieu de tomber
- Google Zero Gravity : proche de Google Space, les éléments dérivent sans direction imposée
Ces variantes ne sont pas hébergées par Google. Elles circulent sur des sites tiers qui reproduisent l’interface de Google pour y appliquer leurs propres effets. Le principe du Google gravity easter egg a donc essaimé bien au-delà du projet original de Mr.doob.
En novembre 2024, Google lui-même a joué le jeu. Un Easter egg éphémère lié au film Wicked a été déployé : taper les mots « Wicked », « Elphaba », « Ariana Grande » ou « Defying Gravity » dans le moteur de recherche déclenchait un effet anti-gravité sur la page de résultats.
Les éléments s’envolaient vers le haut, avec des bulles et des effets visuels directement intégrés à l’interface officielle. Un clin d’œil rare – Google ne fait pas souvent ça à cette échelle.
Google Gravity est-il vraiment un jeu ou un simple Easter egg?
Ni vraiment l’un, ni vraiment l’autre dans leur sens strict. Google Gravity est un Easter egg interactif – une surprise cachée derrière un bouton peu utilisé, mais qui offre une vraie marge d’action une fois découverte.
Voici ce que vous pouvez faire une fois la page en chute libre :
- Cliquer sur les éléments pour les attraper et les lancer
- Taper des mots dans la barre de recherche (sans résultats réels depuis 2014)
- Déplacer les blocs effondrés à la souris et les faire rebondir
- Observer les collisions entre le logo, les boutons et les liens
On est loin d’un jeu avec règles, objectifs ou progression. C’est une sandbox physique, un bac à sable visuel. L’intérêt dure quelques minutes – le temps de tout déplacer, de relancer quelques éléments, de constater que le logo Google rebondit de façon satisfaisante.
Ce qui fait la longévité de Google Gravity, ce n’est pas la profondeur de l’expérience. C’est le contraste. Voir une interface aussi stable, aussi quotidienne, aussi « sérieuse » que Google s’effondrer d’un coup – ça reste drôle. Quinze ans après.